Avant toute chose, il convient de savoir que Corinne Schindler a commencé très tôt en mangeant des couleurs. Avec les yeux, avec les doigts, goulûment, des couleurs de mer, de ciel, d'écheveaux de laine ou de pâte à modeler. Tout lui était bon, savoureux, excitant. Ainsi découvrit-elle, à l'âge où ses copines jouaient à la poupée, que les couleurs formaient une communauté, et que cette communauté semblait l'avoir acceptée en son sein.
Elle joua donc, avec ses excitantes amies, lesquelles l'initièrent directement, instinctivement, à d'autres univers. Celui des matières, par exemple, ou celui des espaces.
Corinne Schindler se mit alors à composer naturellement, c'est-à-dire à inventer des tableaux comme d'autres inventent des histoires.
Plus tard, elle apprit à dessiner, et à peindre, car on lui avait fait comprendre que cela se faisait.
Elle apprit donc, dans des écoles, dont il lui parut que ses amies anciennes étaient bien absentes, bien pâles, bien « formatées ». Corinne était en train d'acquérir la technique et, comme chacun de nous à un moment ou à un autre de sa vie, passait sans s'en rendre compte de l'inné à l'acquis.
Et ce qui devait arriver arriva : elle qui aimait tant « ne pas savoir » et créer « librement » se retrouva prisonnière de la grande araignée des apprentissages.
Lui revinrent alors à l'idée (au cœur ? à l'âme ?), des mots qu'elle avait entendu, ou lu, par ailleurs : « Oublie ce que tu sais, sois toi-même, crée ce qui existe déjà en toi... » Maîtres Zen ? Picasso ? Qu'importe. Corinne Schindler oublie, « désapprend », ouvre grande la porte, libère instincts et émotions qui frappaient à sa porte.
Et s'arrête 10 ans !
10 ans ! Un bien grand voyage pour se retrouver soi-même, « sans tricher ». Mais au bout du chemin, la voilà qui va mieux, qui se sent mieux. Curieuse du monde, des autres arts, des autres artistes (qu'elle peut enfin observer sans se comparer), elle prend tout. La petite fille aux pâtes à modeler s'autorise à nouveau des folies de matières et de couleurs, mais des folies désormais enrichies de ces techniques acquises auparavant : glacis, couteau, alchimie des pigments, Corinne maîtrise la technique tout en n'entendant pas que la technique lui impose sa loi !
Et la voilà aujourd'hui en pleine expression de ses plaisirs, et en marche !
En marche, c'est-à-dire en recherche, encore !
Le doux et l'âpre, le tendre et le brutal, l'apaisant, l'angoissant ? Pas de problème du moment que ce sont des matières, des formes, qui en parlent.
Le grain de sable, l'infini, pas de problème du moment que ce sont les vibrations des couleurs qui le font comprendre.
La matière, la métaphysique ? Les deux sont présentes, vivantes, sur le tableau, s'autorisant les amours les moins académiques mais les plus vraies, les plus vibrantes et, au final, les plus simples à l'œil de celui qui s'arrête devant la toile.
La toile, regardez-la bien, prenez le temps d'y entrer. Elle n'est autre que la fenêtre que Corinne Schindler nous ouvre sur son univers le plus intime, certitudes et inquiétudes mêlées.
Laissez-vous emmener par elle dans son voyage. N'ayez pas peur. Depuis qu'elle est toute petite, couleurs, matières et formes veillent sur Corinne Schindler.
François Eyriolles, écrivain